Le Courrier Pratique

Le courrier de ce qui vous tombe dessus à la maison

Sauvegarder ses données sans y penser : la règle des trois copies

Avatar de Mathieu Legendre

·

5 min de lecture

Personne ne sauvegarde ses données par plaisir. On le fait une fois, après une frayeur, puis on oublie — jusqu’à la prochaine frayeur, qui tombe toujours au pire moment. Il existe pourtant une méthode simple, connue depuis longtemps des professionnels de l’informatique, qui rend la sauvegarde automatique et donc oubliable au bon sens du terme : la règle des trois copies.

Ce qui tombe en panne, vraiment

Un disque dur ou une carte mémoire ne dure pas indéfiniment : c’est une pièce mécanique ou électronique qui s’use, et sa panne survient rarement avec un avertissement clair. Un smartphone tombe, se mouille ou se fait voler. Un ordinateur portable subit une surtension ou un choc. Aucun de ces événements n’est rare ; c’est justement pour cela qu’ils finissent presque tous par arriver, tôt ou tard, sur un appareil donné.

Ce qui surprend le plus, ce n’est pas la panne elle-même, mais ce qu’elle révèle : la plupart des utilisateurs découvrent l’existence de leur seule copie de données au moment précis où elle disparaît. Les photos d’un enfant, les papiers administratifs scannés, des années d’échanges par messagerie : rien de tout cela n’est réellement irremplaçable en soi, mais tout cela devient définitivement perdu si une seule copie en existait.

La règle des trois copies, expliquée simplement

La règle, parfois appelée règle du 3-2-1, tient en une phrase : conserver au moins trois copies de chaque donnée importante, sur deux supports différents, dont une copie hors du domicile. Chaque terme compte. Trois copies, parce qu’une seule copie est une absence de sauvegarde, et que deux copies sur le même support tombent en panne ensemble si ce support est défaillant d’origine. Deux supports différents, parce qu’un disque dur externe et l’ordinateur qu’il sauvegarde peuvent être détruits par le même événement — un dégât des eaux, un incendie, un vol. Une copie hors du domicile, parce qu’un sinistre touchant le logement touche alors toutes les copies qui s’y trouvent physiquement.

Une sauvegarde qui se trouve dans la même pièce que l’original ne protège que contre la panne de l’appareil — jamais contre un sinistre du logement.

En pratique, cela se traduit souvent par : l’original sur l’appareil, une copie sur un disque dur externe rangé ailleurs que dans la pièce où travaille l’ordinateur, et une copie dans un service de stockage en ligne. Le service en ligne joue le rôle de la copie « hors du domicile » sans qu’il soit nécessaire de déplacer physiquement un support soi-même.

Ce qui se perd vraiment, et ce qui se récupère

  • Se perd définitivement, sans sauvegarde : photos et vidéos personnelles, documents créés soi-même, messages et contacts.
  • Se récupère souvent, même sans sauvegarde : logiciels achetés en ligne, applications installées, réglages d’un appareil.
  • Se récupère parfois, à un coût variable : données sur un disque physiquement endommagé, via un service spécialisé de récupération, sans garantie de résultat.

Cette distinction oriente l’effort là où il compte : il est inutile de sauvegarder méticuleusement des applications réinstallables en quelques minutes, et essentiel de sauvegarder ce qui n’existe nulle part ailleurs que sur l’appareil.

Automatiser pour ne plus y penser

Une sauvegarde qui dépend d’un geste manuel régulier finit, statistiquement, par ne pas être faite au moment où elle aurait été utile. Les systèmes d’exploitation récents, sur ordinateur comme sur smartphone, proposent presque tous une sauvegarde automatique et périodique vers un service en ligne, activable une seule fois dans les réglages. Une fois ce réglage fait, la sauvegarde se poursuit sans intervention, ce qui correspond exactement à l’objectif : ne plus y penser, tout en étant protégé.

Il reste utile de vérifier, une à deux fois par an, que cette sauvegarde automatique fonctionne réellement — certains services s’interrompent silencieusement en cas d’espace de stockage insuffisant ou de changement de mot de passe non répercuté. Une sauvegarde qu’on suppose active sans jamais la vérifier n’est, en pratique, pas très différente d’une absence de sauvegarde.

Le risque qu’on oublie : l’erreur humaine

La panne matérielle et le vol occupent l’essentiel des craintes, mais une part importante des pertes de données vient d’un geste involontaire : un fichier écrasé par erreur, un dossier supprimé par mégarde, une photo remplacée par une version modifiée sans qu’on s’en aperçoive. Une sauvegarde simple, qui ne fait que recopier l’état le plus récent d’un dossier, ne protège pas contre ce cas précis : si le fichier erroné est sauvegardé à son tour, l’original correct disparaît des deux côtés.

C’est pourquoi les services de sauvegarde en ligne les plus utiles conservent plusieurs versions successives d’un même fichier sur une période donnée, et pas seulement sa dernière version. Cette fonction, parfois appelée historique de versions, permet de revenir en arrière de plusieurs jours ou semaines en cas d’erreur découverte tardivement — un cas de figure bien plus fréquent, en pratique, qu’une panne matérielle brutale.

Le risque supplémentaire : le rançongiciel

Depuis quelques années, un risque spécifique s’ajoute à la panne matérielle classique : le rançongiciel, un logiciel malveillant qui chiffre les données d’un appareil et réclame une somme pour les débloquer, sans aucune garantie que le paiement les restitue réellement. Face à ce risque, une copie récente et déconnectée du réseau — un disque externe débranché après la sauvegarde, par exemple — reste la protection la plus fiable, puisqu’un rançongiciel ne peut pas chiffrer une copie qu’il ne peut pas atteindre.

Le dispositif public cybermalveillance.gouv.fr détaille les bons réflexes de sauvegarde face à ce type de menace, ainsi que les démarches à suivre en cas d’attaque déjà survenue. Sur les autres réglages de sécurité du foyer connecté, notre article sur la maison connectée complète utilement cette question de la sauvegarde.


Avatar de Mathieu Legendre

À lire aussi